Revue de poésie – Avril 2012

Dossier Initiales n° 27, Poésie, Sans raisons et sans rimes (mars 2012, 63 p., gratuit). – L’association de libraires Initiales propose en distribution gratuite dans les librairies un dossier thématique, coordonné par AlainGérard Daudon, qui se donne pour objectif de rendre compte de « quelques aspects de la poésie d’aujourd’hui et de ceux qui la font vivre ». Les lecteurs pourront y retrouver notamment plusieurs entretiens avec Paul OtchakoskyLaurens, Yves Di Manno ou Fabienne Raphoz à propos de leur métier d’éditeur, ou une évocation de la poésie sur Internet avec Florence Trocmé et Pierre Le Pillouer.

Benoit Laureau

Triages, éditions Tarabuste (mars 2012, 150 p., 23 €). – Triages publie un numéro spécial consacré au poète et traducteur Dominique Grandmont. Sous le titre Vivre n’est pas assez, il rassemble des textes de poètes, parmi lesquels Louis Aragon, qui soutint Dominique Grandmont de son amitié attentive, Bernard Noël, André du Bouchet… et de critiques littéraires. L’ensemble se lit avec intérêt et plaisir car le volume est aéré et raffiné dans sa présentation. Parmi les nombreux livres de l’auteur, rappelons le très beau et douloureux récit, publié par la même maison d’édition, et paru en 2007 : Le Fils en trop.

Siècle 21 n° 20 (printemps/été 2012, 224 p., 17 €). – Le numéro 20 de la revue Siècle 21, qui en est à sa dixième année d’existence et qui a pour vocation de faire connaître des littératures étrangères, propose notamment un dossier sur la littérature anglaise contemporaine et un autre sur le poète Lionel Ray, à propos duquel un colloque s’est tenu en 2011 à la Sorbonne. L’ensemble est riche et diversifié.

 Marie Etienne



RAY LIONEL, par Georges Zouba

POESIE

RAY   LIONEL, par Georges Zouba

Français : Le poète Lionel Ray au festival Voi...

              La distance est franchie. Rappelez-vous ces plaines,

              ces routes, ces brouillards, ces grandes pages d’herbe

              et ce désir de neige au fond de l’âme. Enfance,

              l’île au loin qui s’éloigne, et la lampe brisée,

              l’oubli, ses nœuds d’écume avec l’or et l’acier.

              J’ai habité le mot silence (…)

 

              mais l’enfance était morte au milieu des orties1.

       Ce qui définit au mieux l’âme, c’est l’enfance qu’on lui a prêtée, et qui l’accompagnera comme l’ombre fidèle au pas à travers les démêlés de la vie. Chaque distance franchie, sur les routes ainsi qu’au sein de soi, chaque regard porté en arrière pour mesurer ce qui fut parcouru, brisera ou renforcera ce château de cartes posé sur la table d’orientation de l’existence. Parfois, il faudra faire un tri entre le souvenir et l’oubli, de quelque anecdote secrète ou épopée initiatrice, ce secret alchimique de la forge de soi-même, avec sa candeur, son negredo et son blues. Et l’espace-temps, par la distance mènera l’enfance au loin, creusera l’escalier, ce « solénoïde » en spirale que définissait André Malraux, qui est la manière de progresser à l’intérieur de soi, et qui n’a pas la droiture ni le caractère un brin déjà figé de la colonne vertébrale. Sur des bases tremblantes s’édifie l’adulte ayant quitté l’enfance, à la merci de l’adieu qu’il se fait à lui-même, vêtu de la seule âme qui soit forgée pour résister au temps, ce grand dévorateur de l’espace, à intervalles de rendez-vous, institué en soi. Deuil du silence pour l’enfance passée Lire la suite

Lionel Ray par Thierry Laisney

Français : Le poète Lionel Ray au festival Voi...

Tu es ce navire parti d’un port que nul

n’a jamais connu, dans la dissipation du temps

et la chute intime des choses.
I

 « De mots furtifs en images brèves, j’accomplis mon métier d’oiseau : je ne m’attarde pas ». Ainsi s’exprime Lionel Ray dans le petit « Art poétique » qu’il fait figurer à la fin de Comme un château défait (Gallimard, 1993). D’où une série de poèmes serrés, presque tous conçus sur le même modèle : trois vers, deux vers, trois vers, où l’on ressent fortement que le mot à venir est peut-être le dernier. Ici, une invocation, là, un article qui disparaît, une rime possible, un mètre familier… La poésie n’est pas seulement la pointe exigeante de l’écriture, elle est aussi le fruit d’une histoire. Sans verser dans l’un ou l’autre de ces deux écueils de la poésie que sont l’afféterie et l’inintelligibilité, Lionel Ray fait partager à son lecteur des résonances, des bribes d’enfance ou de métamorphoses. Lire la suite