RAY LIONEL, par Georges Zouba

POESIE

RAY   LIONEL, par Georges Zouba

Français : Le poète Lionel Ray au festival Voi...

              La distance est franchie. Rappelez-vous ces plaines,

              ces routes, ces brouillards, ces grandes pages d’herbe

              et ce désir de neige au fond de l’âme. Enfance,

              l’île au loin qui s’éloigne, et la lampe brisée,

              l’oubli, ses nœuds d’écume avec l’or et l’acier.

              J’ai habité le mot silence (…)

 

              mais l’enfance était morte au milieu des orties1.

       Ce qui définit au mieux l’âme, c’est l’enfance qu’on lui a prêtée, et qui l’accompagnera comme l’ombre fidèle au pas à travers les démêlés de la vie. Chaque distance franchie, sur les routes ainsi qu’au sein de soi, chaque regard porté en arrière pour mesurer ce qui fut parcouru, brisera ou renforcera ce château de cartes posé sur la table d’orientation de l’existence. Parfois, il faudra faire un tri entre le souvenir et l’oubli, de quelque anecdote secrète ou épopée initiatrice, ce secret alchimique de la forge de soi-même, avec sa candeur, son negredo et son blues. Et l’espace-temps, par la distance mènera l’enfance au loin, creusera l’escalier, ce « solénoïde » en spirale que définissait André Malraux, qui est la manière de progresser à l’intérieur de soi, et qui n’a pas la droiture ni le caractère un brin déjà figé de la colonne vertébrale. Sur des bases tremblantes s’édifie l’adulte ayant quitté l’enfance, à la merci de l’adieu qu’il se fait à lui-même, vêtu de la seule âme qui soit forgée pour résister au temps, ce grand dévorateur de l’espace, à intervalles de rendez-vous, institué en soi. Deuil du silence pour l’enfance passée Lire la suite

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