Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 8/8 – Nicolas Pesquès

Nicolas Pesquès est poète (il a publié une vingtaine de livres), traducteur (de Cole Swensen, avec Maïtreyi), auteur d’essais sur l’art (Gilles Aillaud, Pierre Buraglio, Anne Deguelle, Jan Voss et Aurélie Nemours). Son activité poétique s’apparente d’ailleurs à celle d’un peintre, puisque, depuis plus de trente ans, il écrit sur le motif de la face nord de Juliau, une colline du pays ardéchois qui lui est familière depuis l’enfance.

Les extraits que nous publions ici ne donneront qu’une idée très imparfaite de son face à face avec la colline, poursuivi et rêvé tout au long des sept volumes qu’a publiés André Dimanche depuis 1988. Leur titre générique, La Face nord de Juliau, est simplement suivi du ou des chiffres correspondant aux étapes successives de son travail. Nous tenons à donner un aperçu, si bref soit-il, de ce vaste et ambitieux ensemble, tant l’entreprise nous paraît étonnante et digne d’attention, sinon d’admiration.

Marie Etienne

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La Face nord de Juliau, huit, neuf, dix (extraits)

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Nous, entremetteurs d’expansion

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de cruauté

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ouvrant les versants de l’espace

entre usagers de langue

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Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 7/8 – Pascale Petit

PASCALE PETIT –  Remarquée par des lecteurs aussi pointus qu’Henri Deluy qui l’a par deux fois publiée et l’a invitée au comité de rédaction d’Action Poétique, ou François Bon qui l’a accueillie dans la collection qu’il a dirigée  au Seuil, elle est l’auteur de textes au statut très différents mais qui tous cherchent à montrer une réalité décalée, P.P. (1969) a signé en 2011 un texte qui est un véritable ovni : Les côtés cachés (Action Poétique éditions). Sorte de scénario ou l’absurde est porté par une logique descriptive précise et un renouvellement des situations constant, cette suite de 18 séquences où interviennent paragraphes, phrases isolées, vers courts et didascalie est derrière sa fantaisie apparente, un poème qui nous dit quelque chose du féminin et de la difficulté d’être au monde.

Gérard Noiret

8

     Il arrive que tout à fait exceptionnellement quelques-uns réussissent sans difficulté à en faire entrer une complètement dans la malle. La première tentative, parfois, suffit, et les voilà qui portent tous bien haut la malle au bout de leurs bras, en poussant des cris de joie.

Très vite, cependant, leur insatisfaction naturelle semble reprendre le dessus : à peine est-elle entrée dans la malle qu’ils veulent déjà la faire ressortir. Pour la faire entrer à nouveau ? Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 6/8 – Anne Talvaz

Anne Talvaz est née à Bruxelles, mais elle vit en région parisienne où elle exerce le métier de traductrice commerciale. Elle pratique plusieurs langues, voyage beaucoup, et a vécu à l’étranger : Chine et Brésil.

Elle traduit en français des poètes anglais, américains, australiens, irlandais, espagnols, et latino-américains. Elle traduit aussi en anglais des poètes français. Son premier recueil, Le rouge-gorge américain, paru à La main courante en 1997, donnait à lire une poésie raffinée et sensible. Il a été suivi par 4 autres, dont le dernier, Confessions d’une Joconde suivi de Pourquoi le Minotaure est triste est paru à L’Act’Mem en 2010. Elle fait partie de ces poètes qui écrivent aussi de la prose : Un départ annoncé, trois années en Chine (L’Act’Mem, 2010). Et Ce que nous sommes, postface de Pierre Gamarra (L’Act’Mem, 2009), un récit surprenant qui suscite les questions et distille l’inquiétude. Très moderne aussi, en ce qu’il rend familière, proche de nous, une figure du nazisme. Où est le mal sinon en chacun de nous ?

Marie Etienne

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VIEILLE FEMME, HONG KONG, NOËL 2007

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Une vieille Chinoise bossue

traîne une charrette à bras

sur le bord de mer

le cheveu rare

le chignon qui n’existe plus

que par simple habitude

ses haillons gris ou plutôt bleus ; Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 5/8 – Pascal Commère

PASCAL COMMERE – Le  premier livre Les commis publié en 1982 par Folle Avoine, il a attiré les regards de ceux qui, après la période des avant-gardes, étaient autant soucieux de voir la poésie retrouver un élan et du sens que de ne pas la voir replonger dans ses « fadasseries ». Trente livres plus tard, avec des réussites telles que Lointaine approche des troupeaux à vélo vers le soir (Folle Avoine – 1995),  De l’humilité du monde chez les bouziers (Obsidiane 1996), Vessies, lanternes, autres bêtes cornues (Obsidiane 2000) et ce qui est un des recueils marquants des trente dernières années Bouchères, P.C. est pour moi un des poètes les plus singuliers des générations de l’après-guerre. à l’aise dans cet exercice difficile qu’est le travail du vers de plus de 12 syllabes, volontiers narratif mais sans jamais céder au besoin de raconter, sauvant l’anecdote par un grand sens du rythme et de la coupe, il a su voir le tragique de l’existence là où d’habitude on ne voit que la campagne ou la nature. Son dernier livre Tashuur. Un anneau de poussière (Obsidiane), écrit après un voyage en Mongolie, est né de notes prises sur le vif, et d’une volonté rare de s’entendre soi-même différemment.

Gérard Noiret

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Surgis. Un temps dans la lumière, lampe frontale. Voix rauques

les syllabes crachées entre les encolures. Pied à terre, aussitôt

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assis sur les talons, ou posés seulement genoux au sol. Derrière,

les hongres piaffant, un mètre ou deux s’ils ne les touchent,

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Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 4/8 – Stéphane Bouquet

Stéphane Bouquet

Stéphane Bouquet est poète (Dans l’année de cet âge, Un Monde existe, Le Mot frère, Un peuple, Nos Amériques chez Champ Vallon), traducteur (Robert Creeley, Paul Blackburn), critique (France-Culture, Libération, Le Monde, Les Cahiers du cinéma), scénariste, acteur et même danseur…

Un artiste, donc, aux talents multiples, qui n’a pas fini de nous surprendre, de nous émouvoir et de nous provoquer, tant sa liberté, sa faculté de se jouer des codes et des conventions, son inventivité étonnent. Cédons à la tentation de le voir comme il voit Walt Whitman, dans Nos Amériques, c’est-à-dire « regardant défiler devant lui tout, absolument tout » et étreignant le monde « tant il est bon que cela dure ».

Marie Etienne

LES AMOURS

I

Son regard et qui suffisait de peut-être 3

saluts / seconde

seulement… sa tête sous capuche bleue

qu’il retire Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 3/8 – Florence Pazzottu

FLORENCE PAZZOTTU – Après avoir notamment publié L’accouchée (Comp’Act, 2002) et L’inadéquat (le lancer crée le dé (Flammarion, 2005), elle vient de sortir Alors, dans la collection d’Yves di Manno. Elle est un des poètes (elle réfute l’idée d’une poésie sexuée) les plus à même de relever les défis culturels et politiques que pose aux artistes un monde contemporain marqué par l’image, le virtuel et une mondialisation gouvernée par l’idéologie néo-libérale. Cofondatrice de la revue Petite, écrivain s’étant frotté à différentes formes d’écriture,  vidéaste, familière des théâtre, proche des philosophes (Badiou), elle sait repérer les paroles (qu’elles viennent du plus intime ou d’internet !) porteuses de surgissements et faire en sorte que ceux-ci rendent tout leur sens et échappent à la dévaluation accélérée de la communication. Sa démarche est inventive  car  elle ne consiste pas à appliquer à des faits de langage des schémas conçus préalablement mais, au contraire, à savoir repérer en eux ce qui peut être dégagé et poussé jusqu’à une formalisation porteuse de sens et de surprise.

Gérard Noiret

Poème physique

(compte rendu – en attendant la grippe à bière)

Ce jeudi encore, – angine, un foulard

orange noué autour de ma gorge –

j’écoute la radio en regardant

de mon lit les lignes courbes  du vol

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Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 2/8 – Odile Massé

Odile Massé

Odile Massé vit à Nancy. Elle est comédienne depuis 1972 et joue dans la compagnie 4 Litres 12 que dirige Michel Massé. Parallèlement à cette activité qui occupe une grande partie de son temps, elle est également, depuis 1986, date de sa première publication, écrivain et auteur de nombreux livres de prose qui s’apparentent à la poésie. Citons-en quelques-uns : L’homme qui dort (AEncrage & Co), La Femme poussière (Manya), Tribu, La Vie des ogres, Manger la terre (Le Mercure de France), La Compagnie des bêtes, tome 1 et tome 2 — ce dernier avec des encres de Vladimir Velickovic (La Pierre d’Alun). Elle a également écrit des textes pour le théâtre qui ont été joués par la compagnie. Seul Ça le désordre a été publié (Editions de l’Amandier). Ses proses semblent sorties d’un enfer intérieur à la fois joyeux, débridé, fantastique, terrible, et, toujours, méchamment vivant.

Marie Etienne

 SOLEIL LEVANT

En ce temps-là, nous autres les vivants, en ce temps-là nous avions coutume dès le matin de nous tourner vers le soleil qui éloignait de nous les bêtes de la nuit, vers le soleil levant nous ouvrions nos yeux et pour les garder ouverts malgré la lumière de plus en plus vive nous tirions sur nos cils avec nos doigts serrés, maintenant très ouvertes nos paupières entre lesquelles dardait la lumière car sans elle nous ne savions que faire ni où aller, sans elle nous errions au hasard les yeux fermés, marchant à tâtons dans la nuit, dans la forêt profonde qui tout autour s’étendait vers les steppes infinies, vers les déserts lointains qu’entre nous seulement nous pouvions imaginer, les déserts et les mers dont nous savions qu’un jour, pour peu que nous marchions sans trêve jusqu’aux confins du monde, un jour nous foulerions les rivages, les reconnaissant avant même de les atteindre grâce aux récits de nos aînés, de nos ancêtres qui en avaient dessiné les contours dans les temps très anciens que nous ignorions encore, et nous marchions toujours, marchions jour après jour en suivant l’ombre sur le sol, l’ombre de nos corps qui tournait autour de nous et s’allongeait au soir tombant pour se relever avec nous le matin suivant. Lire la suite