Festival de Lodève 2 – Sélection de poètes du spectacle « Soleils, à rebours de la poésie algérienne »

Youcef Sebti est né en 1943 à Boudious. Etudes d’Agronomie et de Sociologie rurale. Auteur d’un recueil de poésie L’enfer ou la folie publié en 1981 à la SNED et réédité en 2003 aux éditions Bouchène. Il a été assassiné dans la nuit du 27 au 28 décembre 1993, égorgé par des extrémistes islamistes.

Je suis né dans l’enfer

j’ai vécu dans l’enfer

et l’enfer est né en moi

et dans l’enfer

sur la haine -ce terreau qui flambe-

ont poussé des fleurs.

Je les senties

je les cueillies

et en moi a circulé

l’amertume.

Arrêt. Souffle. Ombre.

Espoir. Départ. Recommencement.

Amours perdues. Amours dérobées. Amours possibles.

Sur le chemin d’un recommencement

sur le chemin d’une lutte

j’ai débouché sur la folie.

J’ai plongé dans la folie

et j’en ai ramené des algues.

Et l’enfer se continue …

Du brasier à la mer

de la mer au brasier

de la combustion

a l’immersion,

l’enfer demeure

et les insurgés

ont pour destinée la folie…

Mohamed Dib est né à Tlemcen en 1920, écrivain et poète, auteur d’une œuvre majeure. Il écrit ses premiers poèmes en 1934. Son premier recueil de poésie Ombre gardienne a été préfacé par Louis Aragon et publié en 1960 aux éditions Gallimard. Ses œuvres complètes Poésies ont été publiées en 2007 par les éditions de La Différence à Paris. Il est décédé en 2003 en France.

Ne demandez pas

Si le vent qui traine

Sur les cimes

Attise un foyer ;

Si c’est un feu de joie,

Si c’est un feu des pauvres

Ou un signal de guetteur.

Dans la nuit trempées encore,

Femmes fabuleuses qui

Fermez vos portes,

Rêvez.

Je marche, je marche :

Les mots que je porte

Sur la langue sont

Une étrange annonce

_

Jamel-Eddine Bencheikh est né en 1930 à Casablanca. Il est poète, écrivain et spécialiste de la poétique arabe. Après avoir entamé des études de Médecine à Lyon, il revient à Alger pour étudier l’arabe et le droit. Il s’impose un exil volontaire pour protester contre les restrictions de libertés imposés par le régime de Boumediene. Les éditions Tarabuste ont publié son œuvre poétique en trois volumes : Le silence s’est déjà tu, suivi de L’homme-poème en 2002, Sans répit de lumière en 2003 et Métamorphose de la mort en 2010. Il est décédé à Tours en 2005.

Nous tapis dans la parole qui se fissure

Murmurant nos îles fables et nous ouvrant sur le sable

A la semence des départs

Nous mendiants d’infime beauté

Poignet et chevilles marqués de l’angoisse

Des labyrinthes

Nous reins étoilés de fatigue

Qui échangeons le miel de nos sexes avant

D’écouter à la conque

Nous qui méritons l’incandescence

Et déchiffrons la prophétie à l’aigle

Jailli des prunelles

Nous porteurs d’imminence

Qui chutons du vertige enlacés au moment

De prendre naissance l’un de l’autre

Nous qui regardons la mort nous dissoudre

Au dehors de nous au dessous de nous et nous tendre

La triple image

Sans que nous sachions comprendre le tatouage

Entre les yeux

Le nuage profond des paupières sui promet le

Regard

Le fard des lèvres qui assèche la parole

Nous qui pactisons avec le désert avec le sel

Et la ronce

Qui écoutons le tambour des sables nouer

L’angoisse à la ferveur et rythmer

_

Nous qui sommes

_

Malek Haddad est né en 1927 à Constantine. Dès son jeune âge, il se sent exilé dans la langue française. Instituteur pendant une courte période, il s’inscrit ensuite à la Faculté de Droit d’Aix-en-Provence avant d’abandonner ses études pour rejoindre Kateb Yacine en Camargue où ils travaillent tous deux comme ouvriers. Il collabore à plusieurs journaux et revues avant et après l’indépendance. Chargé de la direction de la culture au ministère de l’information de 1968 à 1972, il fonde la revue « Promesses » et sera nommé secrétaire de l’union des écrivains en 1974. Il décède à Alger en 1978.

Paranoïa mon amour !

Paranoïa verticale !

_

(Ce-très tôt- fut

Un mur dont j’examinai la prison

Après retraite des épaules

_

Aveugle infiniment

Nu jusqu’au feuillage du ciel

Nulle lézarde !)

  _

… Patienter, ou rebrousser ?

… Aller «ailleurs» ?

… Ailleurs, linéairement ?

… Reculer pour mieux sauter ?

… Sauter quoi : le «Néant» ?

… Camper ?

… Camper à l’ombre du désert ?

… Pactiser avec l’ombre jusqu’à désert de soi-même ?

… Tout outil est une clef …

… Mais quel outil ? OU EST LA CLEF ?

 

Kateb Yacine est né en 1929 à Zighoud Youcef près de Constantine. Auteur d’une œuvre romanesque majeure, de textes de théâtre et de fragments. Il a été arrêté et détenu suite à sa participation aux manifestations du 8 mai 1945. Exclu du lycée, il se réfugie dans la poésie et publie à compte d’auteur son premier et unique recueil de poèmes Soliloques en 1946, réédité en 1991 chez Bouchène Editions. Il décède à Grenoble en 1989. 

Aussi

Suis-je

Violent avec les fleurs

Et doux avec les vaches

J’aboie sans perfidie

Contre les voleurs amis

Et je tracasse

La misère

En faisant grève d’endurance

Je trace

Des circonférences

Martiales

Sur la route

Je suce

Les seins évanouis

Des nymphes

Pour ma santé

Mais surtout

Je fais dérailler les fauteuils.

Tahar Djaout est né à Oulkhou, village d’Azeffoun en 1954. Poète, écrivain et journaliste, son premier recueil de poème, Solstice barbelé, a été publié au Québéc en 1975. Après une carrière de journaliste et de critique littéraire pendant laquelle il veillera à diffuser les artistes et les écrivains Algériens, l’actualité nationale et internationale le fera glisser vers la chronique politique.Le 16 janvier 1993, il décide de fonder avec quelques amis l’hebdomadaire Ruptures. Il sera victime d’un attentat le 26 mai de la même année et mourra de ses blessures le 2 juin suivant.  Il laisse derrière lui une œuvre forte et dense en poésie, nouvelles et roman.

Je suis allongé chez moi

comme tous les vendredis qui ont remplacé dimanche

à écouter Fairouz – – sa voix juteuse de grenadier

et à lire des poèmes tristes

de René-Guy Cadou.

mais les mots gravitent sans pesanteur.

je rame dans l’étuve

où les mouches se noient

et dévide lentement

le bouclier des cicatrices.

malgré le cours parfaitement lisse

de l’ennui,

tu t’es fait des blessures un peu partout

dans ta mémoire retorse.

tu es donc vraiment né

pour repérer le moindre caillou

capable de t’imprimer sa morsure ?

il y a pourtant

des routes plus sûres.

passeur noctambule

qu’aucun promeneur ne sollicite,

tu affectionne les écueils

où dieu dispose ses échafauds.

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