Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 8/8 – Nicolas Pesquès

Nicolas Pesquès est poète (il a publié une vingtaine de livres), traducteur (de Cole Swensen, avec Maïtreyi), auteur d’essais sur l’art (Gilles Aillaud, Pierre Buraglio, Anne Deguelle, Jan Voss et Aurélie Nemours). Son activité poétique s’apparente d’ailleurs à celle d’un peintre, puisque, depuis plus de trente ans, il écrit sur le motif de la face nord de Juliau, une colline du pays ardéchois qui lui est familière depuis l’enfance.

Les extraits que nous publions ici ne donneront qu’une idée très imparfaite de son face à face avec la colline, poursuivi et rêvé tout au long des sept volumes qu’a publiés André Dimanche depuis 1988. Leur titre générique, La Face nord de Juliau, est simplement suivi du ou des chiffres correspondant aux étapes successives de son travail. Nous tenons à donner un aperçu, si bref soit-il, de ce vaste et ambitieux ensemble, tant l’entreprise nous paraît étonnante et digne d’attention, sinon d’admiration.

Marie Etienne

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La Face nord de Juliau, huit, neuf, dix (extraits)

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Nous, entremetteurs d’expansion

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de cruauté

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ouvrant les versants de l’espace

entre usagers de langue

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nous dont l’émotion sera une conséquence

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un souffle retendu au fer rouge des accents

mue d’homme, ondée de jaune

colline touchée par déviation

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.

/

             Les mots ne nous donnent pas les choses

ils nous les enlèvent

 /

ils nous les enlèvent pour les dire

et les dire: c’est les faire être autrement

 /

le temps qu’ils leur créent, l’espace qu’ils leur accordent

sont peut-être les seuls qui existent vraiment

/

à côté de nos illusions

.

 /

L’immédiateté que nos corps aiment vivre

n’est plus que celle de nos temps verbaux

de nos espaces phrasés

 /

jaune à prendre

le regard glisse sur sa lame, on mastique la hache

séparer mêle ses salives

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un pied dans la couleur, une syllabe pour l’autre

jaune disparu, splendide temps mort

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alors franchir est plus puissant à l’intérieur de sa solution

/

.

/

Alors écrire vaut pour vivre

si l’oubli est le même que là où la mort arrive

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le oui du suspens

la douche jaune qui enlève

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la limite qu’il faut sans cesse inventer

ne doit pas appartenir à ce que la langue ne peut pas faire

ni à ce qui lui est seulement interne

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la mort à l’oeuvre, la mort ou le jaune

sont là pour ne pas être saisis

 /

.

/

Jaune   ou la stupeur

la performance de l’animal en moi dans la phrase

et son étourdissement

 /

joie de l’oubli

bonheur de la dessaisie

 /

comme si la vie des noms était la seule chose à faire

l’unique béance

 /

comme si voir disparaître quelque chose

c’était ça écrire, extraordinairement.

/

La Face nord de Juliau, Huit, neuf, dix, Ed. André Dimanche, Marseille.

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One Response to Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 8/8 – Nicolas Pesquès

  1. ynos78 says:

    très joli blog sur la poésie. Merci beaucoup

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