Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 7/8 – Pascale Petit

PASCALE PETIT –  Remarquée par des lecteurs aussi pointus qu’Henri Deluy qui l’a par deux fois publiée et l’a invitée au comité de rédaction d’Action Poétique, ou François Bon qui l’a accueillie dans la collection qu’il a dirigée  au Seuil, elle est l’auteur de textes au statut très différents mais qui tous cherchent à montrer une réalité décalée, P.P. (1969) a signé en 2011 un texte qui est un véritable ovni : Les côtés cachés (Action Poétique éditions). Sorte de scénario ou l’absurde est porté par une logique descriptive précise et un renouvellement des situations constant, cette suite de 18 séquences où interviennent paragraphes, phrases isolées, vers courts et didascalie est derrière sa fantaisie apparente, un poème qui nous dit quelque chose du féminin et de la difficulté d’être au monde.

Gérard Noiret

8

     Il arrive que tout à fait exceptionnellement quelques-uns réussissent sans difficulté à en faire entrer une complètement dans la malle. La première tentative, parfois, suffit, et les voilà qui portent tous bien haut la malle au bout de leurs bras, en poussant des cris de joie.

Très vite, cependant, leur insatisfaction naturelle semble reprendre le dessus : à peine est-elle entrée dans la malle qu’ils veulent déjà la faire ressortir. Pour la faire entrer à nouveau ?

Quelle qu’en soit la raison – ne change rien. Elle, ne veut plus sortir et pour gagner sans doute un peu de temps, elle leur jette des choses qu’ils observent minutieusement ou des choses encombrantes qu’ils ont du mal à déplacer.

Ils essaient en réalité peu de choses pour la faire sortir : ils pensent en leur for intérieur que forcément, elle finira par vouloir sortir d’elle-même (et certains ont alors très peur qu’une fois dehors, elle ne veuille plus rentrer et que même si elle veut bien tout de même renter, elle ne veuille plus encore sortir).

Ils ont l’idée de susciter sa curiosité pour l’inciter à sortir et emportent la malle un peu partout avec des cris d’étonnement, mais c’est tout juste si elle soulève un peu le couvercle pour voir où elle est : elle voit qu’ils ont mis leurs plus beaux habits et qu’ils lui indiquent quelque chose d’éloigné.

Ils l’emmènent en fait chaque fois près d’un étang différent où rien ne bouge et ils attendent pendant des heures en imaginant que peut-être, elle va sortir en ayant doublé de longueur.

Ils se questionnent du regard, puis dissimulent leur regard.

Souvent aussi, ils font silence et ils envoient un des leurs qui vient lui dire tout près en chuchotant comme s’il parlait à la malle, qu’elle peut sortir, qu’il est tout seul, qu’il ne dira rien aux autres, qu’elle en l’intéresse pas, que même il ne la regardera pas.

Mais elle les entend tous derrière lui, retenir leur souffle et ne répond même pas.

Très vite d’ailleurs, elle ne donne même plus le moindre signe de vie : ne crie plus quand ils font tomber la malle en voulant s’amuser un peu à l’envoyer en l’air. Ne se plaint plus quand ils lui mettent la tête en bas. Ne pleure même plus lorsqu’ils s’assoient tous sur la malle.

C’est qu’ils ne s’en rendent pas forcément compte mais elle est sortie depuis longtemps de la malle en profitant d’un moment d’inattention.

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