Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 6/8 – Anne Talvaz

Anne Talvaz est née à Bruxelles, mais elle vit en région parisienne où elle exerce le métier de traductrice commerciale. Elle pratique plusieurs langues, voyage beaucoup, et a vécu à l’étranger : Chine et Brésil.

Elle traduit en français des poètes anglais, américains, australiens, irlandais, espagnols, et latino-américains. Elle traduit aussi en anglais des poètes français. Son premier recueil, Le rouge-gorge américain, paru à La main courante en 1997, donnait à lire une poésie raffinée et sensible. Il a été suivi par 4 autres, dont le dernier, Confessions d’une Joconde suivi de Pourquoi le Minotaure est triste est paru à L’Act’Mem en 2010. Elle fait partie de ces poètes qui écrivent aussi de la prose : Un départ annoncé, trois années en Chine (L’Act’Mem, 2010). Et Ce que nous sommes, postface de Pierre Gamarra (L’Act’Mem, 2009), un récit surprenant qui suscite les questions et distille l’inquiétude. Très moderne aussi, en ce qu’il rend familière, proche de nous, une figure du nazisme. Où est le mal sinon en chacun de nous ?

Marie Etienne

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VIEILLE FEMME, HONG KONG, NOËL 2007

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Une vieille Chinoise bossue

traîne une charrette à bras

sur le bord de mer

le cheveu rare

le chignon qui n’existe plus

que par simple habitude

ses haillons gris ou plutôt bleus ;

entre les brancards

elle traîne les pieds

elle lève la tête

dans son visage tant de malédiction

tant de hargne ; à quoi cela tient-il ?

à la fatigue de la journée ?

à sa vie ? au monde entier ?

tout cela en tout cas dans ses yeux

qui me fixent stupéfiants de mépris

et bleus.

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NETSUKE VRAIS ET FAUX

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Les vrais ont le poids de ce qui sert

et tiennent tout naturellement dans la main.

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Les faux sont envoyés dans des boîtes uniformes

et avec des friandises japonaises

par des Chinois.

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Les vrais sont authentifiés par les regards,

le contact avec la main et les tissus,

le soin qu’on en a pris.

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Les faux sont mignonnement travaillés,

ils donnent à sourire. Avec eux

on peut jouer, retourner à

l’enfance.

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Parfois ils sont en faux ivoire de mammouth

qui est du véritable ivoire

d’éléphant.

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SÃO PAULO, 2009

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 Tous les soirs à l’heure où les tours s’illuminent

la mouette en exil tourne et tourne

venue par le canal

pousse son cri esseulé et navigue

comme si elle avait une destination.

 /

L’urubu atterrit chez lui

la circulation lui importe peu

sur le toit des tours d’affaires

comme un hélicoptère.

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JOSEPHINE

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Je me suis épris de ce qui n’était pas pour moi

de ce que je ne savais pas

de ce dont je ne comprenais pas l’existence

car je n’avais pas la tête à cela.

 /

Je me suis épris. Car il faut bien s’éprendre

pour apprendre ? le corps et l’esprit vont bien dans ce sens,

mais ce n’était pas pour moi.

 /

A présent je ne m’éprends plus. J’ai sur les genoux

l’ombre de ton ombre ou de la mienne

sur laquelle je passe la main,

qui ronronne. Elle n’est pas à moi

et je le sais. Elle aussi. Je la regarde

et je peux toucher, car elle,

je peux  l’apprendre.

/

Inédits

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