Le grave mémoire

Le grave mémoire

Textes et eaux fortes

de Philippe Dessein

[vimeo 46675376]
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Editions Lanskine : voix poétiques

POÉSIE 

Lanskine : voix poétiques,  un article de SOPHIE EHRSAM

Les éditions Lanskine ont tout récemment publié deux auteurs très différents malgré leur penchant commun pour le fragmenté : Bruno Normand et Nathalie Michel. L’un noircit des pages d’énumérations et de citations à perdre haleine, avec des ellipses et des àcoups ; l’autre ponctue l’espace de touches verbalement colorées, avec de multiples jeux typographiques. 

BRUNO NORMAND 

DES RAPPROCHEMENTS 

Lanskine, 88 p., 14 euros

NATHALIE MICHEL SOUFFLE CONTINUE 

Lanskine, 64 p., 12 euros

Les titres des deux recueils sont à l’image de leur contenu : Bruno Normand écrit Des rapprochements, fil d’une pensée qui navigue entre nature et culture, irriguée de voix autres, écrites ou radiophoniques, exotiques ou intimes. Rapprochements d’idées, mais aussi de corps, d’autant qu’il existe des idées sur les corps et des corps véhicules d’idées. Le discours, par intervalles, « saute », se détraque légèrement, à l’instar des vinyles et autres cassettes chers à l’auteur, ou bien s’arrête arbitrairement en pleine phrase, comme un poste de radio qu’on éteint. Le signe elliptique des points de suspension entre crochets sert de relais entre les fragments et transcrit peut-être aussi le creuset d’une pensée qui fait siennes toutes sortes d’expériences verbales et non verbales. Un voyage qui passe par le YiKing, le gaélique irlandais, des textes védiques (évoquant par là Saistu si nous sommes encore loin de la mer ? de Claude Roy), mais aussi John Cage et Barry White, Andy Goldsworthy, les voitures et le cinéma, Deleuze, Bachelard, Simone Weil, parmi des conversations rapportées, extraits de missives et messages, même un tract de boîte aux lettres.  Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 8/8 – Nicolas Pesquès

Nicolas Pesquès est poète (il a publié une vingtaine de livres), traducteur (de Cole Swensen, avec Maïtreyi), auteur d’essais sur l’art (Gilles Aillaud, Pierre Buraglio, Anne Deguelle, Jan Voss et Aurélie Nemours). Son activité poétique s’apparente d’ailleurs à celle d’un peintre, puisque, depuis plus de trente ans, il écrit sur le motif de la face nord de Juliau, une colline du pays ardéchois qui lui est familière depuis l’enfance.

Les extraits que nous publions ici ne donneront qu’une idée très imparfaite de son face à face avec la colline, poursuivi et rêvé tout au long des sept volumes qu’a publiés André Dimanche depuis 1988. Leur titre générique, La Face nord de Juliau, est simplement suivi du ou des chiffres correspondant aux étapes successives de son travail. Nous tenons à donner un aperçu, si bref soit-il, de ce vaste et ambitieux ensemble, tant l’entreprise nous paraît étonnante et digne d’attention, sinon d’admiration.

Marie Etienne

 /

La Face nord de Juliau, huit, neuf, dix (extraits)

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Nous, entremetteurs d’expansion

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de cruauté

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ouvrant les versants de l’espace

entre usagers de langue

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Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 7/8 – Pascale Petit

PASCALE PETIT –  Remarquée par des lecteurs aussi pointus qu’Henri Deluy qui l’a par deux fois publiée et l’a invitée au comité de rédaction d’Action Poétique, ou François Bon qui l’a accueillie dans la collection qu’il a dirigée  au Seuil, elle est l’auteur de textes au statut très différents mais qui tous cherchent à montrer une réalité décalée, P.P. (1969) a signé en 2011 un texte qui est un véritable ovni : Les côtés cachés (Action Poétique éditions). Sorte de scénario ou l’absurde est porté par une logique descriptive précise et un renouvellement des situations constant, cette suite de 18 séquences où interviennent paragraphes, phrases isolées, vers courts et didascalie est derrière sa fantaisie apparente, un poème qui nous dit quelque chose du féminin et de la difficulté d’être au monde.

Gérard Noiret

8

     Il arrive que tout à fait exceptionnellement quelques-uns réussissent sans difficulté à en faire entrer une complètement dans la malle. La première tentative, parfois, suffit, et les voilà qui portent tous bien haut la malle au bout de leurs bras, en poussant des cris de joie.

Très vite, cependant, leur insatisfaction naturelle semble reprendre le dessus : à peine est-elle entrée dans la malle qu’ils veulent déjà la faire ressortir. Pour la faire entrer à nouveau ? Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 6/8 – Anne Talvaz

Anne Talvaz est née à Bruxelles, mais elle vit en région parisienne où elle exerce le métier de traductrice commerciale. Elle pratique plusieurs langues, voyage beaucoup, et a vécu à l’étranger : Chine et Brésil.

Elle traduit en français des poètes anglais, américains, australiens, irlandais, espagnols, et latino-américains. Elle traduit aussi en anglais des poètes français. Son premier recueil, Le rouge-gorge américain, paru à La main courante en 1997, donnait à lire une poésie raffinée et sensible. Il a été suivi par 4 autres, dont le dernier, Confessions d’une Joconde suivi de Pourquoi le Minotaure est triste est paru à L’Act’Mem en 2010. Elle fait partie de ces poètes qui écrivent aussi de la prose : Un départ annoncé, trois années en Chine (L’Act’Mem, 2010). Et Ce que nous sommes, postface de Pierre Gamarra (L’Act’Mem, 2009), un récit surprenant qui suscite les questions et distille l’inquiétude. Très moderne aussi, en ce qu’il rend familière, proche de nous, une figure du nazisme. Où est le mal sinon en chacun de nous ?

Marie Etienne

 /

VIEILLE FEMME, HONG KONG, NOËL 2007

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Une vieille Chinoise bossue

traîne une charrette à bras

sur le bord de mer

le cheveu rare

le chignon qui n’existe plus

que par simple habitude

ses haillons gris ou plutôt bleus ; Lire la suite

Anthologie de poésie n°3 – Marie Etienne et Gérard Noiret 5/8 – Pascal Commère

PASCAL COMMERE – Le  premier livre Les commis publié en 1982 par Folle Avoine, il a attiré les regards de ceux qui, après la période des avant-gardes, étaient autant soucieux de voir la poésie retrouver un élan et du sens que de ne pas la voir replonger dans ses « fadasseries ». Trente livres plus tard, avec des réussites telles que Lointaine approche des troupeaux à vélo vers le soir (Folle Avoine – 1995),  De l’humilité du monde chez les bouziers (Obsidiane 1996), Vessies, lanternes, autres bêtes cornues (Obsidiane 2000) et ce qui est un des recueils marquants des trente dernières années Bouchères, P.C. est pour moi un des poètes les plus singuliers des générations de l’après-guerre. à l’aise dans cet exercice difficile qu’est le travail du vers de plus de 12 syllabes, volontiers narratif mais sans jamais céder au besoin de raconter, sauvant l’anecdote par un grand sens du rythme et de la coupe, il a su voir le tragique de l’existence là où d’habitude on ne voit que la campagne ou la nature. Son dernier livre Tashuur. Un anneau de poussière (Obsidiane), écrit après un voyage en Mongolie, est né de notes prises sur le vif, et d’une volonté rare de s’entendre soi-même différemment.

Gérard Noiret

/

Surgis. Un temps dans la lumière, lampe frontale. Voix rauques

les syllabes crachées entre les encolures. Pied à terre, aussitôt

/

assis sur les talons, ou posés seulement genoux au sol. Derrière,

les hongres piaffant, un mètre ou deux s’ils ne les touchent,

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TAHA MUHAMMAD ALI, UNE MIGRATION SANS FIN

POÉSIE

Vengeance, un article de GÉRARD NOIRET

TAHA MUHAMMAD ALI, UNE MIGRATION SANS FIN, Édition bilingue trad. de l’arabe (Palestine) par Antoine Jockey Galaade, coll. « Le siècle des poètes », 220 p., 21 euros 

Parfois Je désire défier L’homme qui a Tué mon père Détruit notre maison Et qui m’a fait fuir Dans le pays étroit Des hommes. S’il me tuait Je me reposerais Si je l’achevais Je serais vengé ! 

Il est rare qu’un poète totalement inconnu – surtout s’il est traduit d’une langue très éloignée de la nôtre (l’arabe), surtout s’il nous parle d’un pays (la Palestine) à l’image brouillée par des décennies de violence… –, il est rare qu’un poète totalement inconnu s’impose d’un coup au niveau des plus grands. C’est le cas de Taha Muhammad Ali qu’un choix de moins de quarante textes (de 1973 à 2006), de longueurs différentes (de 1 à 12 pages), suffit à ranger aux côtés des meilleurs. À condition toutefois que le reste de son œuvre soit de la même teneur.  Lire la suite