Tristan Félix « Ovaine » (extrait)

Tristan Félix


Ovaine (extrait)

éd. Hermaphrodite, 2009

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9/10/2007

Lorsqu’Ovaine est entrée dans la classe, les cheveux de la maîtresse brûlaient par dizaines.

Elle a retenu son souffle pour ne pas l’échauffer davantage.

Alors des centaines d’yeux écoliers se sont posés sur son crâne chauve.

Ovaine élevait des poux dans ses tresses. C’étaient ses amis jusqu’à la racine.

Mais cela n’a pas plu. On l’a rasée.

Ses cheveux désormais ne peuvent plus brûler.

9/10/2007

Ovaine aime bien arracher les bras des étoiles de mer parce qu’ils donnent naissance à d’autres étoiles, lui a dit une sirène.

Elle ne s’est pas méfiée de sa voix, pourtant stridente.

Depuis il n’y a plus que des bras dans la mer, qui se tendent vers d’invisibles étoiles.

La sirène, enfin débarrassée de ses rivales, se gratte le ventre.

Mais toutes ses écailles se mettent à tomber.

9/10/2007

Il y a toujours dans les poches d’Ovaine des bouts de viande pour les chiens, de la brisure de riz pour les pigeons, du gruyère pour les souris et du chorizo pour les rats.

Tous la suivent de sa maison à l’école et du gymnase à la cantine.

Cela fait des embouteillages monstres.

Quand le trafic est complètement bloqué, Ovaine s’assoit au milieu d’un carrefour et vide ses poches : les chiens, les pigeons, les souris, les rats font la queue jusqu’aux Champs-Elysées.

Les automobilistes, les chauffeurs de bus, les cyclistes, et même les piétons en bavent d’envie.

Mais ils n’osent pas prendre leur tour parce qu’ils sont riches.

Ovaine, suite inédite.

13/04/2009

Ovaine toujours revient sur le lieu du crime. Elle se love amoureusement dans le corps dessiné à la craie.

Il est un peu étroit pour son gabarit.

Elle rentre les épaules, creuse le ventre, serre le postérieur : du travail sur mesure.

Un cheveu d’ange en catastrophe lui vient chatouiller la narine. Elle doit éternuer sans tarder.

Crac ! Le dessin s’est tout déchiré dans le dos. L’accroc semble irréparable.

Mais Ovaine a bien du fil à retordre et des aiguilles grosses comme ça.

21/04/2009

D’avoir passé sa vie dans la rosée l’âne a moisi. Sa robe est toute piquée.

Pour ne faire qu’un avec lui, Ovaine caracole dans une  robe à pois gris.

Un soir l’âne dit : Nous n’allons pas moisir toute la vie dans une tenue pareille !

Ovaine en une descente d’éclair ôte sa robe.

Pourprement confus, l’âne disparaît presque entièrement sous la sienne. Il ne sait plus que faire de sa peau.

– Nul âne qui vive ? brait Ovaine, dans un long frisson d’herbe.

A la brune, elle se glisse dans cette housse d’âne, pour s’isoler de la rosée.

11/05/2009

Ovaine s’est perdue dans la forêt.

Elle appelle dans tous les trous d’arbre, dans toutes les vieilles souches : OVAINE ! Personne.

Soudain apparaît une grotte où dort un loup un peu usé au bout de grandes pattes emmêlées par le vent qui s’engouffre.

Elle lui demande s’il n’a pas vu Ovaine, même en rêve.

Alors il s’éveille et reconnaît sa blouse à petits poissons. Il parle d’une voix douce comme le front des daims.

–       Je rêve que tu n’es pas loin d’ici et me tires par la langue.

Ovaine s’est retrouvée et remet la langue du loup dans sa gueule de velours.

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