Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 7/8 – Caroline Sagot Duvauroux

Caroline Sagot Duvauroux est une artiste au triple talent puisqu’elle pratique non seulement la poésie mais aussi la peinture, et que pendant un temps, elle a été une comédienne. Sa poésie, essentiellement publiée depuis 2002 aux éditions José Corti, se fait l’écho de tout cela, dans une liberté de formes et de vocabulaire qui laisse le lecteur admiratif et stupéfait. Sa poésie, prose et vers mélangés, ressemble à une coulée de lave, elle en a la violence et l’urgence, le caractère presque inquiétant. Son authenticité, souvent bouleversante, ne se discute pas. Elle vit à Crest dans la Drôme où elle s’occupe d’un marché annuel de petits éditeurs. Nous avons souhaité présenter les premières pages de son prochain livre, à paraître chez Corti à l’automne 2012.

Marie Etienne

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Une instance de langue sous l’afflux. D’intention, plus. Ni la moindre intuition finale. Le désespoir n’y est pour rien. La peine est étrangère à tout ça, et c’est avec, non pas la peine mais l’étranger à tout ça de la peine que j’écris aujourd’hui. Un livre. Qui se trouve être la suite, accessoirement, de mon livre. Un livre qui n’aura rien dit qu’aller, ou bien ça et là, de-ci de-là avec l’amour un jour, fou d’être mort. Avec l’amour un jour, fou.

Touche au terrible. S’éveille. Le tragique a convoqué le monde. Nous passions. Dois-je en dépit de la mort passer encore ? passer l’orage à l’orient traînant ponant, shootant dans ta mémoire pour la fumée d’y croire ? l’amour se brise à tous moments mais à côté de qui, ce fut El et j’étais. C’était à peine mais à côté fut être et fut la peine. L’apostrophe à l’épaule, je jette l’œil et vois se fracasser chaque idée sur la guerre et les oiseaux s’enfuir du monde en guidant les chameaux. D’où vient alors avec le coquelicot, la joie ? des peintures anciennes ? de l’alchimie du mercure et du grain de sel ? ou d’avoir crocheté l’œil en perturbant la lente ligne. Tout ce feuillage en tête mais aucun bruit n’y bouge.

Je te confie aux anonymes, toi, au peuple qui sut conter, ce qui est relever, ce que nous couchons, malhabiles à debout, sur nos pages. Aux paroles que tu as levées dans les bouches, je te confie. Ils te rediront. Je déprivatiserai le dolor pour que toi se rende au monde. Que je survive ou non à la hache, cette blessure, je vais ouvrir assez pour que s’y jette le ciel ou la mer un peu. Quelque chose. Dont je fais le livre. En ton honneur, je suis reconnaissante aux saveurs que je perçois, parce que je les perçois. Et s’il s’agit d’un saint-pierre plutôt que d’un souvenir ou d’un poisson d’or, c’est très bien, nous y sommes, ensemble, dans l’insignifiance du monde avec la langue pâle.

Un entretien sous l’orage ? Sur la montagne : l’autre et c’est El. Sous le pont Mirabeau coule Celan. J’ai vu disait El jeter les arabes à la Seine. Couve un entretien sous l’orage. – ne nous fait plus de mal en mourant ! – quelle heure est-il ? – le matin prend – nous étions dévolus – garde la tempête à la bute – entretiens moi loin d’elle – tout commence – ta mort grandit, grandis-moi – tu étais celle. – mon dévolu – j’ai failli – la chute retentit – les enfants de la nuit sursautent – où es-tu ? – Avec

Les pistes ont feutré dans le bagage. Larmes chaudes et violent essorage. Tout déborde du tricot rétréci. Tout ce corps ! disais-tu. Je donnerai le bout d’étoffe où la vie nous confond.

Ensuite ensuite…

Naît sur la route

parce qu’en lieu étranger

l’homme qui raconte

l’héritage immérité

l’aubaine aux yeux bleus

Une marche, en sorte ! léger savoir, dit Peter Handke. Je t’y rencontrerai dans la liberté d’allure irremplaçable de certains, l’indépendance du dénuement.

Il est nu sans aucune chose qui lui appartienne

Otage ?

                  d’un passage

Rien ne reste tout fut jeté au vent selon qu’il l’eut fallu

Dans le pur espace et la saison de Rilke.

                                                                Chuchotons.

où es-tu ? – laisse – où vas-tu ? – je viens à toi parce que tu me pleures – beaucoup te pleurent – j’ai su – je me souviens de l’insatiable – va – une sorcière dit que tu as pléthore dans ta barque – j’ai négligé beaucoup de gens – où vont-ils ? – nulle part – qu’est-ce ? – nous n’avons pas de mots dans ta langue – tu es sans reflets – retourne-toi je suis entier, dissous – tu as connu la fatigue de chagrin  – oui mais pas celle du chagrin de toi – Y eut-il patience ? – et douleur – tu m’as trahie – je t’ai laissé prendre la mesure de nos solitudes – je m’appuierai contre l’absence et sur l’échelle des poussières j’écrirai le livre d’El pour toi ou tous qui furent celui auprès de qui

C’est fini que tu t’emprisonnes ?

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2 Responses to Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 7/8 – Caroline Sagot Duvauroux

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  2. cosculluela jean gabriel says:

    Bouleversant. Tu sais, Caroline, comme je te l’ai dit, dans un texte écrit pour toi: « partir, d’où, torrent ». Je t’embrasse, Jean GAbriel

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