Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 6/8 – Jean-Marie Perret

JEAN-MARIE PERRET – Lorsqu’en sorti en 2002 Grande lucidité de l’air au-dessus du fleuve – sonate 1, les lecteurs de poésie ont immédiatement su, axu vers d’une grande ampleur et aux rythmes étonnants, qu’un auteur de premier plan venait d’apparaître. En 2007, Que nous fait l’eau éblouissante – sonate 2 a confirmé cette certitude. A plus de soixante ans, son auteur, retraité des PTT, lecteur méticuleux des poètes de son temps (voir ses chroniques sur son site Bleu de paille), y faisait entendre une esthétique qui affirmait que la poésie pouvait aussi être un art du continu, qu’il suffisait pour cela d’avoir une oreille suffisante pour orchestrer les baisses de voix et les reprises, un souffle capable de donner une ampleur aux notations, et  une technique d’écriture affinée au contact des plus grands (Gongora, Holderlin…). Volontiers baroque (il joue avec virtuosité avec l’italique, les parenthèses, les tirets de décrochages,  les incises, les rejets), Jean-Marie Perret renouvelle ce qu’il nomme, non sans humour, « l’école du paysage ».

Les hameaux, les lumières

Espace saboté dans la rigueur des aoûts, l’aire

d’un jeune noyer (vers Chiron et Sagnat-Quinquet)

et chauve sous l’arbuste, le vieux cerisier franc et

son nid de couteaux (iris), lierre, entre deux touffes

de houppier : ces paix solides, tranquilles (on y nage)

à posséder une maison (ici les volets clos) l’événement

du ciel (constant) : tandis qu’approchent les secrètes

lumières des nuits (Dämmerung) les bêtes vous regardent

(granges closes, hangars verts, balles ensilées) mufle

carré entre les barbelés : paix des ronces, des haies,

des souffles, des odeurs (sainfoin, suint, lait, meugle

ou bêlement) brefs remuements de ces masses ru-

mineuses et note (dans les joncs) d’un crapaud (Les

éminades) : il revient vers l’étoile, sentant le chaud

de certains murs, disant tout est silence (la chevêche)

bordé en bord de ciel (d’un or doux) ce silence, d’un

tracteur qui retourne, invisible, de très lointaines,

insensibles fenaisons.

Sonate, pierre, bois

Le son du violon (Ravel), le son du violoncelle, travaillé par

l’élan, le choc de l’archet, l’élan, la retenue, l’enfouissement

du son dans les ventres méditatifs, de noms pensifs, grêlés,

de moires de lumière et d’ombres dans les ventres ombreux : aller

comme on respire du vide au plein, attaquer (cet instrument

léger, raide, plein d’air) dans le bois comme des cavernes

d’ombre, des sources d’air, un tremblement de cœur entre

le sol et l’homme, advenu n’importe où (ici) fluide, sous la

voûte ocrée (voûte d’arête, ou clés calcaires cises ayant perdu

quelque fleur ou lanterne) ; dans les greniers du son, cette

valeur sèche d’une claire ombre (ces éclisses, ces barres, ces

membrures) ces caves retentissant des pas d’un homme vers

sa recherche, son étau ; l’âpreté, la touche (comme si, fer-

mant les yeux, le velours de sa voix de très loin l’appelle, les

cordes, le vernis, la source de sa voix).

Que nous fait l’eau éblouissante    sonate 2 – Obsidiane

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