Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 5/8 – Blandine Merle

BLANDINE MERLE – Dans Par obole Blandine Merle (1981) nous donne à lire une écriture renouant avec la narration, sans pour autant céder au réalisme. Chaque poème est caractérisé par un alliage de descriptions précises (de lecture courte) et d’expressions venues du plus profond (de lecture longue), qui a le pouvoir de nous conduire dans un monde repérable tout en nous amenant soudain dans l’intériorité de l’autre. Dédié à l’héroïne de Bernanos et de Bresson (A Mouchette, et toutes les autres), composé en triptyque, cette premières publication dit l’incompréhension et la souffrance d’un féminin en butte à une violence masculine qui commence par le regard et va jusqu’à limiter la femme à une image. C’est donc avec une totale cohérence que ce livre composé en triptyque (SANGUINES, le viol – AU MIROIR, le refus de son corps – RACCORDS, la reprise difficile de la vie) se sert des techniques du dessin et du cinéma pour les retourner contre leur détournement machiste aujourd’hui majoritaire dans la presse et les médias.

Gérard Noiret

RACCORDS

          Transvasement

pour le chat sur le seuil l’écuelle se remplit :

affairée à l’évier, la femme se souvient

d’une tache sur le plancher

en s’approchant, elle remonte jusqu’aux draps,

à l’étau du lit dont l’amour fut gâché

à la pluie cette nuit-là, discontinue et lâche

l’eau du robinet la confond, le long des joues

où les réminiscences affleurent

+++

au début, des bols en enfilades

(même pour son père ivre mort)

qu’elle emplissait de café puis de lait,

d’allers et de retours,

avec le filet d’un air appris que

pour l’occasion elle osait murmurer,

comme s’il était à boire

la prodigalité du bol ; y ajoutant du lait,

sa main qui verse et chantonne

dans le même intervalle elle s’employait à étamer

contre la peau du sein

le biberon en verre de son frère dernier-né

à en faire, lactation oblige,

la mesure du nourrisson

+++

à voix basse, un bol de lait offert ou du café

une panière de croissants :

avalée preste

l’adolescente n’était pas à compter les gouttes

plutôt les traces de coups (des ongles)

dans son corsage entrouvert

la femme du brasseur alimentait le ragot,

et tendait les croissants à portée de bouche

Par obole – Cheyne éditeur

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