Anthologie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 1/8 – James Sacré

James Sacré, né dans une petite ferme vendéenne, a passé de nombreuses années aux Etats-Unis. A présent, il  vit de nouveau en France, à Montpellier. Parmi ses derniers livres on peut citer America solitudes  (André Dimanche éditeur, 2010), Camions transportés d’écriture (éditions « Le Verbe et l’empreinte », 2011), Durance (Atelier des Grames, 2011…  On aime le regard à la fois précis et rêveur qu’il porte sur les lieux et les choses, la manière qu’il a de les décrire, comme dans un lent plan cinématographique, de nous les rendre à la fois familiers et magiques.

Marie Etienne

 

 

La profondeur sans bruit de la Monument Valley dans l’ombre

 

Un endroit pour faire sa prière au monde :

Grand rouge silencieux des rochers debout

Et le plateau de terre nue, le peu de vert

Les boules sombres des genévriers et des plantes qui font

Comme un léger lichen quand on regarde de très loin.

Monument Valley, la vallée dans les rochers disent les Indiens:

Tout l’ensemble comme on saurait pas décrire et surtout pas

Comme un plateau pour tourner des films;

Toute petite avancée des voitures sur la route en poussière:

Quelque chose est beaucoup plus grand là

Que la minuscule geste humaine et ses calculs.

Un endroit pour faire sa prière au monde

Mais demander quoi?

°°°

J’ai le désir d’écrire un bon poème, un

Qui serait là, pour …

Avec les grandes formes rouges de la Monument Valley,

Presque charbon dans la fin du jour,

La couleur verte sur les étendues terreuses quasi violettes maintenant que la nuit s’y mêle.

Je pense à l’activité des deux trois fermes navajos qui font là-bas leur bruit dans le silence. On n’entend rien d’ici.

Je les imagine dans l’attente, savoir

S’il y aura de la pluie ou pas. Le monde

Ne dit jamais de façon sûre ce qu’il sera

Est-ce que par exemple très au loin vers l’est

Traînent de la brume ou d’amples avancées de poussière ?

Et mon poème comment saurait-il ce que lui réserve ses mots ?

°°°

Vaut mieux voir les secrets ou les endroits sacrés d’assez loin,

De tout près c’est  plus rien.

Alors qu’à l’inverse (nous voilà en train de manger

Petit stand cabane de bois poteaux troncs

Avec du plastique à des endroits de la toiture

Au bord d’un marché à la brocante pas grand chose

À Shiprock, on voit

Entre la couleur bleue des tréteaux et des toiles

Le rocher cathédrale au loin, sa grande aile déchirée

Longuement seule autant

Qu’un opéra de Wagner, oui

Vaut mieux le voir de très loin, tout près

C’est plus qu’un rocher quasiment comme un autre)

Alors qu’à l’inverse tout le secret, tout le sacré du monde indien

Le voilà-t-y pas qui me tient

Dans ce restau de plein vent où manger fait du bien?

°°°

À cause d’un parcours en voiture on imagine

Une approche photographique

Du rocher de Shiprock :

On le voit de très loin longtemps ; un talus haut l’efface

Ou le pli d’une pente ;

On le découvre à un moment, dressé sur le plateau,

Aussi solitaire et près des dieux

Qu’une petite cabine de chiotte rouge

Qu’on voit dans l’étendue d’herbe dure

Extrait de America solitudes, éd. André Dimanche 
Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :