Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 4/8 – Marilyn Hacker

Marilyn Hacker est américaine. Auteur d’une quinzaine de livres de poésie dans son pays et de nombreux articles, elle est aussi traductrice de poètes français et francophones dont elle contribue à faire connaître le travail aux Etats-Unis. A l’inverse, elle réalise des dossiers sur des poètes américains dans des revues françaises, comme Europe ou Siècle 21 (dont elle est une des plus actives animatrices). Elle vit en France depuis de nombreuses années. Son livre, La rue palimpseste, traduit par Claire Malroux, est paru aux Editions de la Différence en 2005 en édition bilingue et a obtenu le prix Max Jacob étranger 2006. Ajoutons que Marilyn Hacker est une infatigable voyageuse, une amoureuse de la poésie de langue anglaise, française, arabe – langue dont elle cherche à devenir familière en l’apprenant.

Le poème présenté ici a été traduit par le poète et romancier Emmanuel Moses.

Marie Etienne


BLACK BOAT

(Poem after a Fado lyric)

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If you were there when I woke

With my barbed wire, with my scars

You would avert your green gaze

I would feel the chill of regret

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Though you said something else

In sunlight, over wine.

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I saw a cross on a tall rock

And a black boat danced on light

Someone waved, was it you,

A brown arm between white sails.

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Old women know

That more go away

Than will ever return

Than the morning has scars.

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In the wind as it blows

Wet sand against the panes

On the water that sings

In the fire as it dies

In blue sheets warmed by

Someone sleeping alone

On an empty park bench

When they lock up the square

You are still there

_

Brown arm green gaze black boat blown sand barbed wire.

/

BATEAU NOIR

(Barco Negro: poème sur un air de Fado)

Si tu étais à mes côtés au réveil

Avec mon fil barbelé, avec mes cicatrices,

Tu détournerais ton regard vert

Je sentirais le froid du regret

_

Bien que tu aies dit autre chose

Au soleil, autour d’un verre.

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J’ai vu une croix sur un grand rocher

Et un bateau noir dansait sur la lumière

Quelqu’un a fait un signe de la main, était-ce toi,

Un bras brun entre les voiles blanches.

_

Les vieilles femmes savent

que ceux qui partent sont plus nombreux

que ceux qui reviennent

et que les cicatrices du matin.

_

Dans le vent quand il souffle

le sable mouillé contre les carreaux

Sur l’eau quand elle chante

Sur le feu quand il meurt

Dans les draps bleus réchauffés par

Quelqu’un qui dort seul

Sur un banc public vide

Quand ils ferment le square

Tu es toujours là.

_

Bras brun regard vert bateau noir sable soufflé fil barbelé.

/

Traduction d’Emmanuel Moses

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