Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 3/8 – Antoine Emaz

Depuis 1986, Antoine Emaz  utilise le parler quotidien et ses silences pour édifier une œuvre qui tire sa force de la matité et du monotone. Avec lui, pas d’écart, pas de stupéfiant image, pas de formalisme ayant en eux leur propre fin, mais une rigueur jamais démentie pour faire dire aux petits mots, aux mots pauvres, un mal-être dont ils ne sont même pas l’antidote. De livre en livre, ce poète travaille dans le langage comme un mineur de fond explorant obstinément une veine dont il n’y a nul prodige à attendre. Afin de ne pas poétiser sa confrontation avec ce qui n’a pas de définition possible, il a su éliminer les circonstances et les évènements exceptionnels et la situer dans un cadre très réaliste (un pavillon avec sa buanderie, ses glycine,  ses enfants…). D’une façon identique, il a pris soin de ne pas systématiser, de ne pas supprimer l’espoir pour les autres et de ne pas  fondre son malaise dans un absurde généralisé. Il n’y a pas de hasard si ce lecteur attentif de la poésie contemporaine et tout spécialement d’André du Bouchet atteint aujourd’hui à une vraie reconnaissance.

Gérard Noiret

SOIRS

(7/09.98)

la tête va comme elle peut

les yeux se perdent dans le bleu

il y a le corps

lourd du jour et peu de rire

pas mal de bruit

trop pour que la nuit tasse

tout

c’est

comme ça la vie passe

on devient vieux

sans voir

+++

poursuivre l’au jour le jour – dater ce miroitement répété des riens – ce ciel après l’orage et son gris plombant le rouge du prunus – le gris grêlant de l’orage ce matin vers dix heures – il ne restait plus d’air

maintenant tenter de retenir du bleu même pour rien ou si peu dans le temps des vies qui filent au travers au nord au sud algérie iralnde vies filées sans avoir rien demandé au ciel toujours bleu tranquille avec ces oiseaux de passage d’ordinaire à cette époque de l’année

aligner le ciel

tout est

d’un seul coup

+++

du bleu des bleus

chacun plus ou moins meurtri

d’enfance et après chacun

seul

l’odeur de l’arnica

+++

Poème pour bercer une douleur face au ciel devenu rose ou presque, un des derniers d’été. Tourner la page et entrer dans l’hivers avec ce soleil moribond ce soir sans arches mais bien la nuit qui marche lente en tirant le linceul oui des heures passées sans dormir à redire le poème comme une litanie intime, une chanson basse. Recueillir le poème et assagir le soir comme pour une accalmie interne, en s’appuyant sur les douleurs anciennes pour atténuer la sienne, la diluer, l’aquarelliser. Faire fondre l’ancien poème jusqu’à plus rien qu’une respiration de dormeur, pont coupés, échoué là, dans le sans arrêt du monde et pourtant à l’écart, quand le bleu-rose maintenant presque nuit n’équilibre plus guère dans ce qui reste des fleurs et du fuchsia, pour arriver à un point mort, et continuer sur l’erre.

Sauf – Tarabuste

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