Anthologie de poésie n°2 – Marie Etienne et Gérard Noiret 2/8 – Lysiane Rakotoson

Il en va pour les sensations chez Lysiane Rakotoson comme pour l’émotion chez Reverdy : elle ne sont pas à prendre dans leur acception quotidienne. C’est qu’elles sont entièrement médiatisée par une culture poétique profonde qui suppose beaucoup de lectures et beaucoup d’heures passées à écrire et à savoir se relire. Liées au corps dans le matin,  au corps qui marche dans le paysage et en relations avec la présence de l’autre, elles permettent au poème d’imposer une réalité « enchantée » qui ne doit rien à la métaphysique ou au poétisme, qui doit tout à la justesse de notation et au pouvoir de suggestion. Née en 1987, l’auteure de Une neige et des baisers exacts s’oppose avec ses poèmes brefs, constamment attentifs à la justesse des coupes, à la mythologie audiovisuelle qui  veut qu’il n’existe d’amour que nourri par la mort, de ressort artistique que tendu par la violence, l’inarticulé,  la performance.

Gérard Noiret

Lentement, le matin foule notre chambre.

Ta voix tremble pour apaiser

sa fuite…

Lointaine familière

gorgée d’orages,

venue s’abattre sur mon épaule,

à ton chagrin qui passe

je tends mes aisselles moites.

°°°

Le ventre jonché de toutes tes bouches,

de toutes tes mains, de tous tes corps,

et mes doigts se risquent à ces sarments –

Je ne suis plus qu’une plaie diffuse

où vient s’éteindre

ma paume muette.

°°°

Sois une coureuse de lumière. Eprouve

ta chanson jusqu’au fond du ventre…,

me disais-je.

Aussi, je conquiers chaque heure et je

moissonne mes labours : ton visage en

enfilade, variable –

J’accompagne la terre

et sa leçon de pénombre.

Le larges est ici, à l’horizon d’un jour ardent :

je foule les pentes dorées de six heures,

je roule mes phrases dans ta chaleur,

chaque mot pétri de tes chuchotements.

°°°

Tu est là,

contre la large paupière de mon ventre

qui cligne.

Tu es là,

puisqu’une aurore se joue

d’un lent coup de doigts,

que nos mains

embuées par le travail

d’une caresse,

tissent un à un nos pores.

°°°

Boire à la fente tracées par ton absence

faire bander le jour

par l’aplomb d’un geste

coûte que coûte

ton souffle moulu dans ma bouche

et le râle tendre de l’orgasme que je te confie le soir…

Une neige et des baisers exacts

Cheyne – Editeur

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