Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (4/8) : Véronique Daine

Véronique Daine (1964) vit et enseigne dans le sud de la Belgique et a publié 4 titres depuis 2003 à L’Arbre à paroles.  Son livre est à la preuve qu’il est urgent de substituer la notion de « petit diffuseur » à celui de « petit éditeur ». Sans L’herbe qui tremble, il est probable que R.B., qui est un de mes découvertes de ces trois dernières années, aurait fini étouffé sous les lettres de refus des Majors. Il suffit de lire une des longues laisses qui composent les deux poèmes  – Petit suite de l’incendie et de la dévoration qui débute par une évocation de Ritsos et de Mahmoud Darwich  et R.B. – pour être immédiatement pris par une écriture qui développe avec brio les possibilités de l’anaphore.  Avec une écriture dont les piétinements ont quelque chose de mystique, avec une grande maîtrise de la coupe qui conjugue des relances rythmiques et des syncopes toujours bienvenues, Véronique Daine, sans jamais vraiment révéler qui est la femme dont ne subsistent que les initiales, nous donne à lire un texte d’une puissance incantatoire rare.

Gérard Noiret

            J’écris R.B. pour trouver

 

l’impensable nudité.

J’écris la fin d’un siège, la débâcle d’une ère trop

dure et trop sèche.

J’écris pour connaître l’écoulement.

J’écris l’écoulement.

 

Je n’écris pas à R.B. ni pour R.B

J’écris R.B.

Pour demeurer sans masque, sans la fatigue des

masques.

Sans le tranchant de cette fatigue.

 

J’écris R.B. pour toutes les femmes.

Pour leurs seins dans mes seins, leur ventre dans

mon ventre, leurs mains et leurs silences.

Et aussi leur fatigue dans ma fatigue.

 

J’écris R.B. pour des femmes de Silésie.

Pour leurs bras croisés sur leurs seins.

Pour l’étrangeté de leur nudité à l’écran. Ou

l’étrangeté de mon regard sur leur nudité.

Pour la peur et l’humiliation. Pour les gosses entre

leurs jambes.

Et la fosse à leurs pieds.

J’écris R.B. pour connaître la reconnaissance.

 

J’écris R.B. pour que la lumière d’ici le commande.

J’écris R.B. pour que se déploie la débâcle,

la défiguration.

J’écris R.B. parce que je n’ai aucun autre nom. Et que

Yvonne Havelange, Anne Boland, Myriam Philippe,

Hélène Gilmard, Marie-Thérèse Louchard et tous les

autres noms n’y suffisent pas.

Pas même celui de Renée Baar.

J’écris R.B. pour que se déploie la débâcle.

Et que la débâcle soit bonne, et abondante.

J’écris R.B. pour que s’écoulent des miels. Et leurs

sucres. Et leurs ambres.

J’écris R.B. pour la lumière des miels.

Même ceux de Silésie.

 

J’écris R.B. parce que R.B. réclame quelque chose

comme la parole.

Ou moins que la parole.

J’écris R.KB. et dans cette écriture que je fais d’elle,

R.B. n’est pas cette femme

que je crois écrire. R.B. est la dévoration qui se

nourrit de moi.

J’écris R.B. dans le bouleversement obscur de qui

cède à la gueule qui le dévore.

J’écris R.B. pour qu’aujourd’hui le ciel et la mer

se confondent dans ton visage,

mon amour.

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