Un poète coréen

Ko Un, par Odile Hunoult 

KO UN, CHUCHOTEMENTS, trad. du coréen par No MiSug et Alain Génetiot Préface de Ko Un Belin, coll. « L’Extrême contemporain », 76 p., 18 €

DIX MILLE VIES, trad. du coréen par Ye Young Chang et Laurent Zimmermann Préface de Ko Un Avantpropos de Michel Deguy Belin, coll. « L’Extrême contemporain », 128 p. 14 €

SOUS UN POIRIER SAUVAGES, trad. du coréen par Han Daekyun et Gilles Cyr Maisonneuve et Larose, 2000

QU’EST-CE, POÈMES ZEtrad. du coréen par No MiSug et Alain Génetiot Circé, 2004

En 2008, Belin a publié, préfacé par Michel Deguy, Dix mille vies, poèmes du Coréen Ko Un, choisis dans une fresque en plus de 20 volumes. Né en 1933 à Gunsan (actuellement en Corée du Sud.) sous l’occupation japonaise, témoin de tous les conflits et les massacres subis par son pays, Ko Un est un poète tardif et très fécond. À dixneuf ans, en 1952, témoin de la tuerie entre les habitants de son village, il est durement marqué par la guerre civile. Il réussit à s’enfuir et vagabonde jusqu’à ce que son malêtre (il fera quatre tentatives de suicide) le conduise pendant dix ans dans un monastère en montagne. Quand il le quitte commence sa vie en poésie. Parallèlement il s’engage en politique contre la dictature, pour la liberté d’expression et la réunification. Emprisonné au début des années quatre-vingt par le régime militaire pour « conspiration, violation de la loi martiale et instigation à la révolte », dans sa cellule, sans rien pour écrire, il conçoit et prépare mentalement ces Dix mille vies, où chaque poème est l’histoire d’une vie, son mystère, la « ballade » d’un être. « Les poèmes qui le composent ne sont pas des concepts abstraits, généraux, de l’être humain, mais des fresques qui racontent le visage, les pieds et le dos de chaque homme » (Ko Un, dans sa préface à la traduction française). Accumulation d’épitaphes, souvent à deux faces, pieuses et cruelles, suivant l’angle de la lumière réfléchie par le lecteur.

En 2011, Belin publie Chuchotements. Un pèlerinage dans l’Himalaya à 6 500 mètres d’altitude, l’été 1998 (il a soixante-cinq ans), altère longuement la santé de Ko Un. Chuchotements naît dans de l’air raréfié. L’épreuve du corps est aussi, par capillarité, épreuve du moi et des mots. Les poèmes n’en sont pas différents, mais avec quelque chose qui ressemble à une raréfaction de l’humide : subtilisés, cristallisés, en léger recul de la vie.

Poésie narrative – c’est une des expressions de la poésie coréenne prise en étau d’influence entre deux grandes traditions, la chinoise et la japonaise – les petits récits de Ko Un pourraient être mis en prose qu’ils continueraient à être poèmes, et lus comme tels. Le poème, par sa tension, modifie son lecteur (on peut même dire qu’il le crée) en miroir exact du poids et de l’effort qu’il a exercé sur le poète lui-même. Demeure l’éternelle question, d’où sourd cette tension.

KO UN, CHUCHOTEMENTS, trad. du coréen par No MiSug et Alain Génetiot Préface de Ko Un Belin, coll. « L’Extrême contemporain », 76 p., 18 €

DIX MILLE VIES, trad. du coréen par Ye Young Chang et Laurent Zimmermann Préface de Ko Un Avant-propos de Michel Deguy Belin, coll. « L’Extrême contemporain », 128 p., 14 €

SOUS UN POIRIER SAUVAGES, trad. du coréen par Han Daekyun et Gilles Cyr Maisonneuve et Larose, 2000

QU’EST-CE, POÈMES ZEN, trad. du coréen par No MiSug et Alain Génetiot Circé, 2004

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