MARINA TSVETAEVA RÉCITS ET ESSAIS Œuvres, tome II

POÉSIE

 Je suis la vie qui ne souffre pas le vide », un article de CHRISTIAN MOUZE (paru dans la QL n°1057)

C’est connaître peu de choses que de refuser d’être épris des jours et de leur richesse, le bonheur se dérobât-il. Marina Tsvetaeva a tenté, éprouvé, subi, et elle a tout submergé de son moi. La poésie, la Russie étaient ses absolus. Elle les garda jusqu’au bout, voulant les sceller ensemble par sa mort. 

MARINA TSVETAEVA RÉCITS ET ESSAIS Œuvres, tome II, Sous la direction de Véronique Lossky et Tzvetan Todorov trad. du russe par Nadine Dubourvieux, Luba Jurgenson et Véronique Lossky Seuil, 734 p., 38 euros 

Le deuxième volume des œuvres de Marina Tsvetaeva regroupe des textes écrits dans les années d’émigration (1922-1939), à Prague et surtout à Paris où elle arrive en novembre 1925. Sa situation matérielle l’oblige à déménager périodiquement, ce sera la banlieue sud-ouest : Bellevue (1926), Meudon (1927), Clamart (1932), Vanves (1934) ; puis une chambre d’hôtel (1938), à Paris même, boulevard Pasteur, qu’elle occupe avec son fils Mour jusqu’au retour en URSS (via Le Havre, 12 juin 1939) où les attendent déjà depuis deux ans son mari et sa fille, Sergueï et Ariadna Efron. Il restera au NKVD à détruire cette famille. Mais une œuvre ne se détruit pas ainsi comme un corps ou un objet, pas plus que ne se détruisent la nuit et le jour. L’art et la pensée échappent aux raisons et déraisons destructrices. Dans des difficultés sans nombre Tsvetaeva a su s’obliger à écrire parce qu’elle a toujours su vouloir écrire qui était son vouloir vivre : cette force qu’elle trouve en soi relève de ce qui est et reste la vie quand une vie n’est plus.

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MARINA TSVETAEVA, PROSE AUTOBIOGRAPHIQUE, OEUVRE TOME I

L’oeil du cyclone, un article de CHRISTIAN MOUZE (paru dans la QL n°990)

Marina Tsvetaeva tient son écriture ni du bonheur ni du malheur mais de la vie qui les lui apporte et donne à immortaliser tout ce qui s’efface avec le temps, et le temps lui-même. C’est un va-et-vient constant de la magie des mots à la magie des choses et surtout des êtres. Les Éditions du Seuil entreprennent une publication en trois volumes des oeuvres de Marina Tsvetaeva, d’après l’édition russe des oeuvres rassemblées (Sobranie sochinenij), et non pas complètes, en sept volumes (Ellis Lack, Moscou, 1994-1995).

MARINA TSVETAEVA, PROSE AUTOBIOGRAPHIQUE, OEUVRE TOME I, sous la dir. de Véronique Lossky et Tzvetan Todorov, trad. du russe par Nadine Dubourvieux, Luba Jurgenson et Véronique Lossky Seuil éd., 601 p., 32 €

 Le tome 1 est consacré à la prose autobiographique, les deux autres tomes respectivement doivent concerner les récits et essais (tome 2) et la poésie (tome 3). Cette division vaut ce qu’elle vaut. Tout est autobiographie et poésie chez Tsvetaeva. Le mérite d’une telle démarche est de tenter de réunir l’essentiel d’une œuvre restée trop longtemps dispersée et comme atomisée entre petits et grands éditeurs. Ils ont joué et parfois fort bien joué (on pense notamment à Clémence Hiver) leur rôle. Mais on ne connaissait ainsi Tsvetaeva que par morceaux détachés d’un ensemble dont on ne faisait que subodorer les réelles dimensions : autant de météores, éclats et fulgurances. Ce poète est désormais reconnu comme un continent, une masse, une terre ferme du mot, un espace verbal à arpenter longuement. Lire la suite

Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (8/8) : Maurice Mourier

Passionné d’histoire littéraire, du Japon, de cinéma et de bien d’autres choses encore, critique, essayiste, romancier, Maurice Mourier est tout cela. Il est aussi poète.

Marie Etienne Lire la suite

Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (7/8) : Hervé Martin

Poète (il a sorti 4 livres, dont 2 aux éditions Henry), acheteur de livres, lecteur et critique (il a signé des articles dans Europe et Action Poétique) Hervé Martin (1953) fait partie de ce réseau de résistances qui permet à la poésie de lutter contre le silence qui l’étouffe. Sa revue virtuelle (Incertain Regard – http://www.incertainregard.fr) est un des lieux véritablement dignes d’intérêt sur le net. On y trouve des premiers textes, des noms qui commencent à s’affirmer (Lydia Padellec) et des poètes reconnus (MC Bancquart, G Goffette…)  Publié désormais par la collection Accents graves de l’Amandier, soutenu par la Maison de la Poésie se Saint-Quentin en Yvelines, il est un poète qui  illustre ce courant que Pierre Seghers appelait « la poésie à hauteur d’homme ».  Que se soit dans ses blocs de prose savamment ajourés, ses portraits aux traits précis ou dans les dialogues de J’en gage le corps, il s’attache à fixer le présent sans se laisser censurer par les vieilles chimères de l’Universel ou de l’Intemporel.

Gérard Noiret

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Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (6/8) : Sylvie Kandé

Avec cet ouvrage, l’auteur d’origine franco-sénégalaise Sylvie Kandé, évoque en trois chants et sur le mode épique, les traversées à la fois réelles et mythiques accomplies par l’homme africain, de la traversée de l’Atlantique qu’aurait réalisée l’empereur du Mali, Aboubakar II au début du XIVe siècle, aux tentatives des migrants d’aujourd’hui pour rejoindre le continent européen.

Georges Guillain Lire la suite

Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (5/8) : Ariane Dreyfus

Ariane Dreyfus (1958) publie ces jours-ci son 14ème  livre au Castor Astral. Si le premier est sorti en 1993, c’est Une histoire passera ici qui en 1999 l’a révélée. Ses poèmes  marqués par un rapport au corps nourri par la danse, un érotisme en rupture avec les sensations et les représentations masculines pour mieux célébrer ce masculin, ses vers où la grammaire ne parvient jamais à imposer sa logique aux brusques échappées de l’émotion…  ont vite conquis de nombreux lecteurs. Jouant volontiers avec le prosaïsme, l’art d’Ariane Dreyfus échappe constamment à la tonalité a priori poétique. Il travaille la langue commune. C’est finalement avec une grande économie de moyens qu’elle parvient à des formulations où l’évidence est à la fois simple et complexe. Auteure de La belle vitesse au Farfadet bleu un des meilleurs livres de poèmes pour l’enfance sa participation aux ateliers d’écriture est une des bonnes choses qui pouvaient se produire  dans ce domaine.

Gérard Noiret

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Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (4/8) : Véronique Daine

Véronique Daine (1964) vit et enseigne dans le sud de la Belgique et a publié 4 titres depuis 2003 à L’Arbre à paroles.  Son livre est à la preuve qu’il est urgent de substituer la notion de « petit diffuseur » à celui de « petit éditeur ». Sans L’herbe qui tremble, il est probable que R.B., qui est un de mes découvertes de ces trois dernières années, aurait fini étouffé sous les lettres de refus des Majors. Il suffit de lire une des longues laisses qui composent les deux poèmes  – Petit suite de l’incendie et de la dévoration qui débute par une évocation de Ritsos et de Mahmoud Darwich  et R.B. – pour être immédiatement pris par une écriture qui développe avec brio les possibilités de l’anaphore.  Avec une écriture dont les piétinements ont quelque chose de mystique, avec une grande maîtrise de la coupe qui conjugue des relances rythmiques et des syncopes toujours bienvenues, Véronique Daine, sans jamais vraiment révéler qui est la femme dont ne subsistent que les initiales, nous donne à lire un texte d’une puissance incantatoire rare.

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