Anthologie de Poésie – Marie Étienne, Gérard Noiret (2/8) : Francis Combe

Fondateur des éditions Le temps des cerises (E. Cardenal, JB Clément, H. Heine, Carl Sandburg…), aujourd’hui Directeur de la Biennale de Poésie du Val de Marne où il vient de proposer une réflexion sur la question de l’événement, Francis Combes (1953) est l’auteur d’une quinzaine de livres de poèmes.  Il explore depuis toujours des genres –   la poésie didactique, la poésie politique -, qui ont mauvaise presse en France. Son dernier livre L’Aubépine( Le préau des collines)  relève… de sa veine souriante. Une veine où  sa générosité, son sens de la provocation calme aiguisé par sa lecture de Brecht, sa prise au sérieux du quotidien  savent utiliser l’histoire littéraire pour combattre les manière d’écrire dominantes. Ici, transgressant la transgression, prolongeant L’ordinaire amour de Gabriel Cousin, Francis Combes chante dans des sonnets décomposés en distiques « la compagne réelle, égale et différente ».

Gérard Noiret

Tu n’es pas un oiseau qui mange dans ma main

Je ne te retiens pas un fils de soie

 

Je ne te garde pas dans une cage d’or

Je ne t’ai pas baguée pour que tu me reviennes

 

– Pourtant nous avons eu, quelques fois des colombes

que nous gardions chez nous, dans une cage arabe

 

Parfois nous leur laissions ouverte la volière

Pour qu’elles puissent voler à travers la maison

 

Puis nous les rattrapions pour les remettre en cage

(Les hommes sont cruels, les colombes aussi…)

 

Indépendante et libre de tes mouvements

Depuis longtemps tu voles de tes propres ailes

 

Tu n’es pas un oiseau, mon amour, mais tu voles

Et parfois tu te poses même sur mon épaule.

 

 

Nous avons enterré une lune en hiver

afin que dans la terre pour le printemps elle germe

 

Nos mains qu’on a coupées refleurirons aussi

mais dans d’autres contrées, portant d’autres habits

 

Jusqu’à ce que retourne au lit de la rivière

l’arbre déraciné au feuillage prodigue

 

Encore une rasade givrée de cet alcool

qui filtre par les cils douloureux des étoiles

 

Nous avons investi dans le minerai d’aube

Les taupes, aux yeux rougis, assument l’héritage.

 

Et nous verrons demain (car l’avons déjà vu)

dans la pauvre chambrée chaulée à la nuit blanche

 

les hommes se passer, comme cuillers d’argent,

de main en main, un sourire en parfait état.

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